De la laïcité

La laïcité pourrait se résumer à une phrase célèbre : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu. »

Ce passage est cité dans trois des quatre évangiles. En Saint Marc, au chapitre 12 :

« Ils envoyèrent auprès de Jésus quelques-uns des pharisiens et des hérodiens, afin de le surprendre par ses propres paroles. [14] Et ils vinrent lui dire: Maître, nous savons que tu es vrai, et que tu ne t’inquiètes de personne; car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes, et tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité. Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César?[15] Devons-nous payer, ou ne pas payer? Jésus, connaissant leur hypocrisie, leur répondit: Pourquoi me tentez-vous? Apportez-moi un denier, afin que je le voie. [16] Ils en apportèrent un; et Jésus leur demanda: De qui sont cette effigie et cette inscription? De César, lui répondirent-ils.[17] Alors il leur dit: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils furent à son égard dans l’étonnement. »

Pourquoi, cette phrase vieille de 2000 ans est-elle encore aujourd’hui d’actualité ?  Pourquoi cette rivalité entre César et Dieu ?

César représente le pouvoir temporel, il administre la vie commune, il est responsable du bien commun, même si à l’époque il est l’envahisseur !, il assure la paix dans ses provinces et protège les personnes et leurs biens. « ce qui est à César » : tout n’est donc pas à César ! César n’a pas à prendre ce qui ne lui appartient pas, ni à prendre ce qui appartient à Dieu (pour ceux qui ont foi en Dieu). Or César se veut un quasi-dieu. Et la confusion règne…

Un État laïc pourrait donc être un État qui ne professe aucune religion, les tolère toutes, et veille au respect des croyances en assurant la liberté de conscience de chacun. Et on constate que la tendance générale est à la laïcisation des États, hors l’État islamique créé très récemment.

Je n’aurais pas la prétention de faire un cours d’histoire le temps d’un article mais je crois pouvoir dire sans me tromper que la religion a été la structure de la société française pendant de longs siècles, elle en a été l’armature, et jusqu’au bras armé du pouvoir. Aujourd’hui, la religion répond à la recherche du sens à donner à la vie, car la société n’apporte plus de réponse dans ce domaine à cause des crises continues, des tensions, de la perte de confiance, de la perte de sens. Pourquoi alors une telle agitation quand l’Église Catholique s’est accommodée d’un nouvel équilibre après la révolution, après deux siècles d’une violence inouïe (qu’on a oubliée ) et de nombreuses crises qui se sont achevées en 1905 ? Depuis, il y a eu l’opposition entre l’État et la religion à propos de l’école privée mais la situation est aujourd’hui plutôt apaisée.

Le réveil de la laïcité en tant que valeur à part entière est dû à une montée en puissance d’un « islamisme » de plus en plus visible. Cette visibilité dérange et semble contraire à la discrétion et à la modération dans lesquelles les religions ont vécu depuis un siècle, car cette visibilité touche à la façon de se vêtir, de prier, d’avoir des fêtes, de manger, de se soigner, bref, de vivre ensemble.

Comment faire quand le vivre ensemble ne semble plus partagé ? Comment faire lorsque la cohésion nationale s’effiloche au profit de communautarismes ? Comment faire lorsque les différences l’emportent sur ce qui rapproche et unit ? À ce moment-là, elles ne sont plus sources d’enrichissement mais de divisions.

Face à cette situation, nous voyons l’État se rigidifier. La tentation est grande pour l’État de faire comme César et se prendre pour Dieu. La laïcité érigée en nouvelle religion combinée à une idolâtrie politique, c’est pour demain si nous n’y prenons pas garde.

  • Rappelez-vous ce qu’a écrit Vincent Peillon dans « Une religion pour la République », édition du Seuil, 2010

page 34 : « Il faut donc à la fois déraciner l’empreinte catholique qui ne s’accommode pas de la République et trouver, en dehors des formes religieuses traditionnelles, une religion de substitution qui arrive à inscrire jusque dans les mœurs, les cœurs, la chair, les valeurs et l’esprit républicain sans lesquels les institutions républicaines sont des corps sans âme qui se préparent à tous les dévoiements »

page 48 : « La laïcité française, son ancrage premier dans l’école, est l’effet d’un mouvement entamé en 1789, celui de la recherche permanente, incessante, obstinée de la religion qui pourra réaliser la Révolution comme promesse politique, morale, sociale, spirituelle. Il faut pour cela une religion universelle : ce sera la laïcité. Il lui faut aussi son temple ou son église : ce sera l’école. Enfin, il lui faut son nouveau clergé : ce seront les hussards noirs de la république ».

page 277 : « Toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Eglise »

Enfin, pour terminer, je rappellerai que la liberté, c’est aussi celle de changer de religion. Et avec la nouvelle religion laïque, nous n’aurons pas le choix. En effet, si « avant » les valeurs de l’État, les valeurs religieuses, les valeurs morales concordaient, les manifestations récurrentes concernant les sujets de société, mariage, fin de vie, PMA, GPA, montrent que le fossé se creuse.

Et comme dit la publicité « et ce n’est pas fini ! ».

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